Benjamin Voisin est le visage de Meursault dans l'Etranger de Camus. L'interview pour London Macadam. Rencontre.
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"Il faut donc subir les choses telles qu’elles sont, ressentir le poids dramatique que peut avoir la vie, il fallait enlever la naïveté " Benjamin Voisin.
L’adaptation audacieuse et captivante du classique littéraire L’Étranger par François Ozon (Swimming Pool, Dans la maison, Frantz) met en vedette Benjamin Voisin (Été 85) dans le rôle de Meursault. Un film a été présenté en Compétition officielle à la Venice Film Festival et récemment projeté au BFI London Film Festival.

L’Étranger dans les cinémas du Royaume-Uni et d’Irlande le 10 avril 2026.
Interview
London Macadam: Bonjour Benjamin Voisin : « Ne rien faire, c’est physique », car c’est finalement un rôle physique, cette posture d’attente, d’observation. Comment avez-vous travaillé le rôle de Meursault, l’étranger ?
Benjamin Voisin: Je suis tellement amoureux de Camus qu’au départ je n’ai pas compris, et que prétentieusement je crois comprendre aujourd'hui. Ce sont des auteurs qui parcourent nos vies, et au début, j’ai essayé de travailler la forme.
Il y a une phrase de Victor Hugo qui dit : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface », je me suis rendue compte qu’il valait mieux être abreuvé de cette philosophie et que le corps allait suivre de lui-même.
François Ozon vous a fait lire des livres montrant que l’acteur est un modèle et non pas un performer. Qu'en pensez-vous?
Oui, c’est la différence entre celui qui subit et celui qui construit. Il m’a dit : si tu construis, on va devoir faire, et on va devoir construire. Et c’est l’opposé de Meursault, qui est un antihéros. Il faut donc subir les choses telles qu’elles sont, ressentir le poids dramatique que peut avoir la vie, il fallait enlever la naïveté que je pouvais avoir, moi, dans ma façon d’aborder les choses.
Marie, elle l’aime malgré lui, malgré ses silences. Peut-on aimer quelqu’un malgré soi ?
Oui, je crois. Il n’y a rien qui doit justifier l’amour. Les choses viennent, et il ne faut pas s’empêcher sous prétexte que la personne ne correspond pas à une idée reçue ou à une convention à laquelle on doit obéir.
Ce sentiment d’être étranger, c’est contemporain, d’après vous ?
Je crois que oui. C’est pour cela que Meursault détonne. Dans les jeunes générations ultra connectées, réussir à avoir une vraie cohésion sociale,c c'est difficile. Le tissu émotionnel est plus rude pour les nouvelles générations. Meursault ne se sent pas dans les jeux sociétaux contemporains de son époque. Oui, il pourrait aujourd’hui refuser le jeu de l’image.
À la fin, Meursault sait "qu’il ne sait rien" : c’est une vérité en soi, non ?
Oui, il sait "qu’on ne sait rien". Ce qui est beau, c’est qu’il y a un prêtre qui lui demande de se confesser. Il n’y aurait pas eu cette scène sans le prêtre. Il accouche d’une colère. Pourquoi ne laisse-t-on pas parfois les gens vivre comme ils le veulent ?
Merci Benjamin Voisin.
Merci.
Alger, 1938.Meursault, un homme calme et discret d’une trentaine d’années, assiste à l’enterrement de sa mère sans verser une seule larme. Le lendemain, il entame une relation sans engagement avec Marie, une collègue, et reprend rapidement le cours de sa routine.Mais son existence apparemment indifférente est bientôt perturbée par son voisin, Raymond Sintès, qui entraîne Meursault dans ses affaires troubles — jusqu’au jour où, sous une chaleur accablante, un événement tragique se produit sur une plage baignée de soleil.
Inspiré du roman fondateur de 1942 L’Étranger de Albert Camus (publié sous le titre The Outsider au Royaume-Uni), qui explore des thèmes tels que la cruauté humaine, l’existentialisme et le post-colonialisme, ce grand classique de la littérature française a captivé des lecteurs dans plus de 75 langues à travers le monde.
L’adaptation cinématographique élégante et immersive de François Ozon réinvente cette histoire pour un public contemporain. Porté par une performance remarquable de Benjamin Voisin, le film réunit également une distribution française de premier plan, notamment Rebecca Marder (Mon crime), Pierre Lottin (En fanfare, Quand vient l’automne), Swann Arlaud (Anatomie d’une chute, Grâce à Dieu) et Denis Lavant (Holy Motors, Beau Travail).




















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