Yitzhak Rabin: Chronicle of an Assassination by Amos Gitai. Interview de Amos Gitai.

Du 4 au 6 novembre.

Au Coronet Theatre.

Dirigé par Amos Gitai avec Natalie Dessay


Le cinéaste Amos Gitai est de retour au Coronet Theatre avec Rabin, une performance live basée sur son film de 2015, Rabin, le dernier jour, une enquête sur l'assassinat en 1995 du Premier ministre israélien Yizak Rabin, après une manifestation pour la paix et contre la violence en Tel Aviv. L'assassinat a jeté une lumière froide et brutale sur un monde sombre et terrifiant - un monde qui a rendu le meurtre possible et un public traumatisé.


Crédits Laura Stevens


The Coronet Theatre Thurs-Sat 7.30pm. Prices £35/30 Concessions available £25 https://www.thecoronettheatre.com/whats-on/yitzhak-rabin-chronicle-of-an-assassination/book/


Interview de Amos Gitai pour London Macadam magazine.


London Macadam: Que souhaitez-vous faire passer dans la pièce ?


Amos Gitai : La réflexion de Yizhak Rabin été que L’homme politique se doit de transformer le réel, c’est cela l’héritage d’Yitzhak Rabin. Il savait que pour sortir de l’impasse du conflit israélo-palestinien, il fallait trouver un modus-vivendi, et ce en prenant l’autre en compte. Il savait que la paix n’est pas une décision raisonnable si l’autre n’existe pas, si la paix est décidée de manière unilatérale. Là est la grande différence entre sa vision, et la vision actuelle. Quand je voyageais avec Rabin, lorsqu’il s’est rendu à Washington pour signer les accords d’Oslo, il disait que si Israël se retirait de Gaza, il fallait que là-bas il y ait de l’eau, de l’électricité, des conditions de vie décentes; qu’il fallait une considération de l’autre. Il connaissait l’histoire européenne: après la Première Guerre Mondiale, lors de la signature du Traité de Paix à Versailles, on a nié les allemands, les perdants. On en sait la conséquence terrifiante…C’est seulement après la Deuxième Guerre Mondiale que le monde a compris que, pour faire la paix, il fallait reconstruire l’Europe. Si on veut aller vers un autre Moyen-Orient, il faut le reconstruire. Et cela ne peut pas être dans un seul rapport de force. Avec courage, loin de tout souci électoraliste timoré, Yitzhak Rabin, il y a un quart de siècle, a essayé d’établir une autre forme de relation avec les palestiniens. Et ce contre toute une école de pensée -et ses slogans, « Mort à Rabin », « Rabin traitre » - qui , alimentée par le Likoud, a voulu déstabiliser son gouvernement et a généré le geste de ce juif extrémiste de droite qui tira sur lui.





Ou la pièce a-t-elle été jouée, y a-t-il une tournée ?


Quand je monte un spectacle plusieurs fois, j’aime faire des variations. A Avignon, en 2016, il y avait un chœur du Lubéron, qui chantait du Ligeti. Au Lincoln Center, j’ai dû faire sans chœur. A la Philharmonie de Paris, en 2018, aux cotés de Barbara Hendricks, était présent le chœur Aedes, qui chantait le « Lux Aeterna » de Ligeti. Cette fois, je travaille avec le chœur Accentus. Il va interpréter une autre création de Ligeti. Nathalie Dessay va chanter a capella « Kaddish » de Maurice Ravel, et des extraits du «Requiem de guerre» de Benjamin Britten. Et j’ai eu le désir, ce qui est nouveau, de faire entendre les propos de Rabin sur son projet politique. J’aime moduler et réinterpréter, presque dans le sens talmudique. C’est beaucoup de travail, certes, mais comme j’ai une formation d’architecte, j’aime l’aspect artisanal de l’architecture, et non le dessin sur ordinateur qui répète le même tracé, à la ligne près.

La pièce s’accompagne d’une exposition de collages photographiques à Paris, qu’y trouve-t-on ? Pouvez-vous nous en dire plus ?


Les grands évènements changent l’Histoire, sur un long cours. Et il ne faut pas , je crois, chercher à se saisir immédiatement de certains évènements bouleversants. En 1973, pendant la guerre du Kippour, j’étais dans un hélicoptère de sauvetage qui a été abattu par un missile syrien, mon co-pilote a été décapité, tué. Dans cet hélicoptère, j’avais une petite caméra, déjà. Ensuite, ce drame fut comme une cicatrice que je voulais oublier. Mon film «Kippour» date de 2000, soit vingt-sept ans plus tard, un très long temps. Après l’assassinat de Rabin, ce fut un peu pareil. Je me suis dit : la vie va continuer, peut-être une solution sera t’elle trouvée. Mais comme le temps passe, l’absence – pas seulement celle de Rabin, je ne suis pas dans le culte de la personnalité – mais de sa démarche, de sa recherche courageuse et politique d’une ouverture vers la paix, cette absence devient colossale. Cela dit, cela fait plus de vingt-cinq ans que je suis le processus de paix entamé par Rabin. J’ai fait un premier film, en 1994, « Give peace a chance » dans lequel j’accompagnais les discussions entre palestiniens et israéliens. Puis en 1996, « L’Arène du meurtre ». Enfin, en 2015, je me suis décidé à tourner « Le Dernier jour d’Yitzhak Rabin », puis, en 2016 à imaginer un spectacle, « Yitzhak Rabin, Chronique d’un assassinat », qui fut crée au festival d’Avignon, et que j’ai recrée depuis au Lincoln Center, à la Philharmonie de Paris, et aujourd’hui au Châtelet. Et en 2017, j’ai tourné «A l’Ouest du Jourdain ».

Jouer la pièce à Londres, pour vous, c’est…


Jeanne Moreau chanta ce poème d’Oscar Wilde dans « Querelle de Brest» le film de Rainer Werner Fassbinder, d’après Jean Genet. Oui, ces échos, par-delà le temps, me sont importants, de manière intime. Au-delà, je crois qu’ils tissent des souvenirs, des liens sensibles, y compris inconscients, chez les spectateurs.


Spectacle, livre, exposition: ces trois variations sont des actes civiques, par des moyens différents. Et bien sûr, tout acte créatif est une tentative de reconfigurer notre rapport au réel. Articuler certains évènements, en mots, en images, aide à affronter les démons.


Je crois que le cinéma, le théâtre, ou toute autre expression artistique ne change pas le réel dans l’immédiat, mais peut permettre aux gens de réfléchir, de nourrir leur sensibilité. De toutes façons, il faut commencer le dialogue quelque part.


Merci et à bientôt !

Merci.


The Coronet Theatre Thurs-Sat 7.30pm. Prices £35/30 Concessions available £25

https://www.thecoronettheatre.com/whats-on/yitzhak-rabin-chronicle-of-an-assassination/book/

https://www.thecoronettheatre.com/whats-on/yitzhak-rabin-chronicle-of-an-assassination/


Et aussi: https://www.bnf.fr/fr/agenda/yitzhak-rabin-amos-gitai

https://www.bnf.fr/fr/agenda/debat-autour-de-lexposition-yitzhak-rabin-amos-gitai


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