Les Justes d’après Albert Camus mis en scène par Hervé Goffings. Interview!
- Jun 22
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Updated: Jun 23
Dimanche 28 juin, lundi 29 juin et mardi 30 juin.
Les Justes d’Albert Camus. Enfin en Scène / Exchange Theatre
"l’une des grandes forces de Camus : nous pousser à réfléchir sans jamais nous imposer une réponse. "****
"La pièce interroge des questions toujours brûlantes : jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause que l’on estime juste ? La fin peut-elle justifier les moyens ? J’aime l’idée que le théâtre soit un espace de questionnement"


London Macadam a interviewé Hervé Goffings. Rencontre.
Pourquoi avoir choisi de présenter aujourd’hui Les Justes d’Albert Camus avec Enfin en Scène / Exchange Theatre ?
Chaque année, j’aime proposer à mon groupe un nouveau défi en l’amenant à explorer un genre théâtral différent. Après la comédie dramatique avec Un air de famille d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, puis le théâtre policier avec Le Vallon d’Agatha Christie, nous abordons aujourd’hui Les Justes, une œuvre à la fois philosophique, engagée et profondément humaine. La richesse de la langue de Camus, la complexité de ses personnages et les questions morales que soulève la pièce poussent les élèves du Workshop à approfondir leur réflexion et leur interprétation, tout en découvrant l’une des grandes œuvres du répertoire français.
Hervé Goffings, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai commencé mes études de chant classique au Conservatoire de musique de Cannes. Je suis ensuite entré à la Garde républicaine, où j’ai été choriste au sein du Chœur de l’Armée française. J’ai notamment eu l’honneur de chanter la Marseillaise avec le Choeur sur la pelouse du Stade de France, à l’occasion de la finale de la Coupe du monde 1998 entre la France et le Brésil, un souvenir inoubliable.
Souhaitant approfondir ma formation vocale, j’ai poursuivi mes études au Royal Northern College of Music de Manchester pendant plusieurs années. Mon parcours m’a ensuite conduit à la Royal Scottish Academy of Music and Drama de Glasgow, où j’ai obtenu un Master en comédie musicale.
Diplôme en poche, je me suis installé à Londres afin de me consacrer pleinement à une carrière d’acteur, chanteur et danseur. Depuis, j’ai évolué dans différents univers du spectacle vivant, entre théâtre, comédie musicale, mise en scène et pédagogie. En parallèle, j’ai également participé à plusieurs séries télévisées, notamment pour Netflix et la BBC.
Qu’est-ce qui rend cette pièce encore si actuelle en 2026 ?
Bien qu’écrite il y a plus de soixante-dix ans, Les Justes reste une œuvre d’une grande actualité en 2026. La pièce interroge des questions toujours brûlantes : jusqu’où peut-on aller pour défendre une cause que l’on estime juste ? La fin peut-elle justifier les moyens ? J’aime l’idée que le théâtre soit un espace de questionnement. Les Justes ne propose pas de réponses toutes faites ; elle ouvre un dialogue et invite le spectateur à réfléchir. C’est cette absence de certitude qui la rend, encore aujourd’hui, aussi nécessaire qu’actuelle.
Camus pose une question très forte : peut-on tuer au nom d’une cause juste ?
Comment avez-vous abordé cette tension morale dans le spectacle ?
J’ai essayé d’aborder cette tension morale sans prendre parti. Ce qui m’intéresse chez Camus, c’est qu’il ne juge jamais ses personnages. Les personnages sont confrontés à un dilemme impossible : comment combattre une injustice profonde sans renoncer à ses propres principes ? Ma mise en scène cherche à placer le spectateur au cœur de ce dilemme afin qu’il partage les doutes et les contradictions des personnages et mesure, avec eux, le coût humain de leurs décisions.
La pièce oppose l’idéal révolutionnaire, le doute et l’humanité. Comment éviter de faire des personnages de simples symboles politiques ?
J’ai cherché à rendre chaque personnage profondément humain. Je ne les ai jamais abordés comme des incarnations d’idées, mais comme des êtres traversés par des désirs, des doutes et des contradictions. Chez Camus, les convictions ne prennent jamais le pas sur l’humain. C’est ce qui rend ses personnages si touchants et les empêche de devenir de simples symboles politiques.
Quels sont les acteurs ?
William Balmer - Skouratov
Corentin Baron - Alexis Voinov
Racem Benhamed - Stepan Fedorov
Yvan Chamoiseau - Boris Annenkov
Nathalie Didion - Dora Doulebov
Monia Kinnman - Foka
Sébastien Ramu - Ivan Kaliayev
Sophie Ponton - La Grande-Duchesse
Le huis clos donne à la pièce une intensité particulière. Comment avez-vous travaillé cette tension avec les comédiens ?
Les personnages partagent un même idéal, mais ils ne sont pas d’accord sur tout. Le huis clos agit comme une loupe : il révèle leurs désaccords, leurs fragilités et leurs contradictions. Avec les comédiens, nous avons travaillé sur ces tensions permanentes et sur les rapports de force qui traversent le groupe. Chaque regard, chaque silence devient alors porteur de sens et d’enjeu. J’ai également développé un univers sonore, fait d’ambiances, de bruitages et de musique, qui vient renforcer cette sensation d’attente et de danger permanent.
Que souhaitez-vous que les spectateurs ressentent ou se demandent en sortant de la salle ?
J’aimerais que les spectateurs quittent la salle avec des questions plutôt qu’avec des certitudes. C’est, à mes yeux, l’une des grandes forces de Camus : nous pousser à réfléchir sans jamais nous imposer une réponse. J’espère également qu’ils auront été touchés par l’humanité des personnages. Au-delà des idées qu’ils défendent, ce sont des êtres confrontés à des choix difficiles, et c’est cette dimension humaine que j’ai voulu mettre en lumière dans le spectacle.
Pour conclure, un petit mot pour les lecteurs de London Macadam ?
J’invite les lecteurs de London Macadam à venir découvrir Enfin en Scène. Vous pourrez y voir Les Justes, mais aussi d’autres spectacles de grande qualité. Et si cette aventure vous donne envie de monter sur scène, rejoignez le Workshop d’Exchange Theatre. Que vous découvriez le théâtre pour la première fois ou que vous en ayez déjà pratiqué en amateur, vous y trouverez un espace convivial pour jouer, apprendre et partager.
Merci!
Moscou, 1905. Cinq révolutionnaires préparent un attentat contre le grand-duc Serge. Au moment d’agir, un imprévu bouleverse tout. Un huis clos brûlant et intense signé Albert Camus, où s’affrontent idéal, doute et humanité: Est-ce être complice que de ne rien faire ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-on tuer des innocents pour une cause juste ?
«La bombe seule est révolutionnaire» STEPAN FEDOROV, Les Justes
Dimanche 28 juin, lundi 29 et mardi 30 juin.




















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