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Just an Illusion,une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, une bande originale vibrante des années 1980. ENTRETIEN AVEC ÉRIC TOLEDANO & OLIVIER NAKACHE.

Sep 15
15 min read


Écrit et réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache, cinéastes nommés aux BAFTA (Intouchables), JUSTE UNE ILLUSION, une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, suit Vincent alors qu’il s’apprête à fêter ses 13 ans et tente de trouver sa place au milieu des difficultés de la vie familiale, aux côtés de ses parents, interprétés par Camille Cottin (Dix pour cent, House of Gucci) et Louis Garrel (Innocents: The Dreamers, L’Innocent, Les Filles du docteur March).

Grand succès au box-office et plébiscité par le public en France, JUSTE UNE ILLUSION en salles le 11 septembre.

Just an Illusion,une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, une bande originale vibrante des années 1980. ENTRETIEN AVEC ÉRIC TOLEDANO & OLIVIER NAKACHE. Juste-Une-Illusion 6 Photo Manuel Moutier (c) 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD+TENjpg
Just an Illusion,une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, une bande originale vibrante des années 1980. ENTRETIEN AVEC ÉRIC TOLEDANO & OLIVIER NAKACHE. Juste-Une-Illusion 6 Photo Manuel Moutier (c) 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD+TENjpg

Nous sommes en 1985. Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne, pris entre un grand frère qui l’ignore et des parents qui n’arrêtent pas de se disputer. Il n’est plus vraiment un enfant, mais pas encore un adulte. Vincent avance tant bien que mal au milieu des grandes questions de la vie — l’identité, l’amitié, la famille et le premier amour — et découvre que les adultes, eux non plus, ne semblent pas avoir toutes les réponses.

Porté par la remarquable première prestation de Simon Boublil et inspiré par les propres parents des réalisateurs ainsi que par leurs souvenirs d’adolescence, ce film empreint d’une douce nostalgie est rythmé par une bande originale vibrante des années 1980.

Avec pour toile de fond la montée du chômage, les incertitudes économiques et les manifestations antifascistes en France, JUSTE UNE ILLUSION mêle un humour plein de cœur à un portrait tendre et affectueux de l’adolescence et de la vie de famille.


Just an Illusion,une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, une bande originale vibrante des années 1980. ENTRETIEN AVEC ÉRIC TOLEDANO & OLIVIER NAKACHE. Juste-Une-Illusion 6 Photo Manuel Moutier (c) 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD+TENjpg
Just an Illusion,une comédie tendre sur le passage à l’adolescence, une bande originale vibrante des années 1980. ENTRETIEN AVEC ÉRIC TOLEDANO & OLIVIER NAKACHE. Juste-Une-Illusion 6 Photo Manuel Moutier (c) 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD+TENjpg

Interview des réalisateurs & scénaristes:


JUSTE UNE ILLUSION est l’un de vos films les plus personnels. Quel a été le point de départ de ce nouveau projet ?

Éric Toledano :Nous voulions raconter cette période où l’on sort de l’enfance, cet entre-deux que nous traversons tous à un moment donné. C’est une période de transformation, un véritable bouleversement dans notre manière de voir le monde, et l’idée d’en faire à la fois un récit réaliste et une comédie nous attirait.

En nous replongeant dans les différentes strates de notre propre adolescence, nous avons pris conscience à quel point ces années vivaient encore profondément en nous. C’est l’envie de réunir tout cela qui a fait naître le projet.

Olivier Nakache :Ces années d’adolescence vous reviennent d’une manière étrange lorsque vous atteignez la cinquantaine. Peut-être parce que vous réalisez combien de moments décisifs se concentrent dans cette période où l’on vit entièrement dans le présent. Et peut-être aussi parce que, lorsque vous avez vous-même des adolescents, vous commencez à regarder votre propre vie à travers eux !

Quoi qu’il en soit, nous avons longtemps réfléchi aux raisons pour lesquelles nous voulions aborder ce sujet. Cela nous a conduits dans plusieurs directions à la fois : culturelles, philosophiques et profondément personnelles. Et puis il y avait les images, les photographies de famille.

Éric Toledano :Si nous avons choisi d’explorer cette période, c’est parce qu’Olivier et moi avions tous les deux le sentiment d’être prêts à dévoiler davantage de nous-mêmes dans ce film que nous ne l’avions fait auparavant.

Le film est donc clairement inspiré de votre propre jeunesse. Comment écrit-on des souvenirs d’enfance lorsqu’on est deux ?

Olivier Nakache :Nous avons procédé de la même manière que lorsque nous avons écrit Nos jours heureux. Nous commençons par nous raconter des histoires. Puis nous notons ce premier ensemble d’anecdotes partagées. Dès que nous les racontons, des scènes commencent à prendre forme ; la réalité devient fiction. Si ce que nous avons écrit résiste au temps, nous continuons, nous l’affinons et nous allons plus loin.

Éric Toledano :Ce que nous espérons, c’est que chaque spectateur trouvera quelque chose qui lui parle : son époque, sa propre expérience, sa propre histoire. Ce sera peut-être une chanson de Téléphone, d’Imagination ou de The Cure. Peut-être une conversation entre un grand frère et sa mère. Ou simplement un minuscule détail à l’arrière-plan : quelque chose à la radio, une couleur, le papier peint.

Les souvenirs de l’adolescence ont tendance à rester en nous avec davantage de force que ceux de presque toutes les autres périodes de la vie. Nous pouvons nous déplacer dans l’espace, mais pas dans le temps. Et pourtant, certains détails semblent résister totalement au passage du temps.

Juste une illusion est aussi un film de sensations. Nous l’avons encore très peu montré, mais plusieurs personnes nous ont déjà dit à quel point il les avait émues parce qu’à un certain moment, il avait touché quelque chose de très personnel en elles.

La force de cette famille tient autant à ses disputes qu’à la chaleur et à la tendresse qui l’unissent. Comment avez-vous abordé cet aspect ?

Olivier Nakache :À travers nos souvenirs personnels, bien sûr. Les parents du film, interprétés par Camille Cottin et Louis Garrel, sont inspirés des parents d’Éric, des miens, mais aussi d’autres personnes.

Nous avons également été influencés par certains films, notamment les comédies italiennes, dans lesquelles nous retrouvions quelque chose de cet esprit méditerranéen que nous connaissions dans nos propres familles. Pour nous, Louis Garrel est un mélange de Vittorio Gassman et de Marcello Mastroianni. Il possède la même élégance. Et il parle couramment italien.

Éric Toledano :Camille évoque facilement des actrices comme Stefania Sandrelli et Monica Vitti.

À travers cette famille, nous voulions également raconter les années 1980, cette période prise entre les Trente Glorieuses et le début des années 1990, entre la chute du mur de Berlin et la guerre du Golfe.

Dans cette famille, il y a un père au chômage et une mère dont l’ascension professionnelle reflète l’émancipation féminine de l’époque. À cet égard, Camille Cottin est très emblématique. Quant aux deux enfants, ils incarnent les univers de la New Wave et du funk en pleine « époque du sida ».

Vincent, le personnage central du film, traverse cette période avec le regard d’un enfant qui sent que ses derniers jours d’innocence sont comptés. Avec son frère, les rapports peuvent parfois être violents : ils se battent, puis trois minutes plus tard ils sont à nouveau très proches, comme si rien ne s’était passé. C’est typique des relations entre frères et sœurs et de cet âge où tout semble intense, même si rien n’est jamais véritablement grave.

Comment avez-vous imaginé cet adolescent, Vincent ? Il est né en 1972. Olivier, vous êtes né en 1973 et Éric en 1971. Vincent est-il quelque part entre vous deux ?

Éric Toledano :Il reflète vraiment l’esprit du film : tout se situe au milieu. J’avais 13 ans en 1984 et Olivier avait 13 ans en 1986. Nous avons donc choisi 1985.

Olivier Nakache :Même si tout ce dont nous parlons est profondément personnel, il est important de rappeler que nous ne faisions pas un documentaire, mais un film, et que nous voulions qu’il soit aussi universel que possible.

Vincent est un adolescent qui, comme nous tous, s’apprête à vivre une série de premières fois. La première fois qu’il tombe amoureux. La première fois qu’il comprend que ce ne sera pas si simple. La première fois qu’il réalise que ses parents ne sont pas toujours des héros. Mais aussi la première fois qu’il découvre qu’il possède sa propre voix et que celle-ci porte.

Éric Toledano :L’adolescence est l’âge où l’on prend douloureusement conscience du regard des autres. C’est notre première véritable confrontation avec le monde extérieur, cet âge maladroit.

Françoise Dolto comparait autrefois cette période à la mue du homard : l’ancienne carapace a disparu, la nouvelle ne s’est pas encore formée et, entre les deux, on se retrouve exposé à toutes sortes de dangers.

L’adolescence est un âge de grande vulnérabilité. Avant cela, on vit dans un univers protégé où les questions d’identité interviennent rarement. Puis, soudain, on commence à avoir peur de ce que les autres pensent de nous. C’est un choc.

Je crois que c’est ce que tout le monde partage à cet âge : la peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas correspondre à ce que l’on attend de nous.

Olivier et moi nous sommes rencontrés très jeunes et, d’une certaine manière, nous n’avons jamais cessé de jouer ensemble, comme deux enfants. En ce sens, nous avons été quelque peu protégés du monde adulte. Jean-Pierre Bacri avait un jour fait remarquer combien il était extraordinaire qu’à son âge, on continue de lui demander de venir « jouer ».

Dans le film, vous évoquez la montée du chômage, la transition numérique et les grèves dans les transports. Avez-vous dû faire beaucoup de recherches pour recréer la réalité sociale des années 1980 ?

Olivier Nakache :Notre méthode reste la même d’un film à l’autre : nous enquêtons minutieusement sur le sujet. Pour ce film, comme nous ne pouvions évidemment pas retourner dans les années 1980, nous avons travaillé avec une documentaliste afin de renouer avec cette période.

À partir de nos propres souvenirs, nous nous sommes plongés dans des images d’archives classées par thèmes. Nous avons regardé énormément de journaux télévisés de l’époque, des documentaires, des émissions de variétés, des jeux télévisés, écouté des podcasts, lu des magazines et nous nous sommes complètement immergés dans cette période.

L’idée n’était pas de tout mettre dans le film, mais de nous imprégner de la sociologie particulière de l’époque afin de ne pas nous fier uniquement à nos souvenirs. Nous voulions être précis dans tous les domaines.

Éric Toledano :C’est aussi pour cela que le cinéma a joué un rôle si important dans notre construction et, par conséquent, dans le film lui-même. Et puis il y a la musique. Tous ces tubes sont comme des catapultes, des machines à remonter le temps qui vous ramènent instantanément en arrière.

La bande-son de notre adolescence est faite de nos disques préférés, des émissions de télévision que des millions de téléspectateurs regardaient chaque soir, de ces rassemblements et de ces moments partagés. Dans les cours de récréation, tout le monde parlait des mêmes choses.

Le film porte un titre sans ambiguïté et possède une fin ouverte. Vous avez toujours réalisé des films autour du vivre-ensemble et de valeurs positives. Ici, on a le sentiment que vous vous demandez aussi si tout cela a encore un sens. Diriez-vous qu’il y a une forme de nostalgie dans ce film ?

Éric Toledano :Pas vraiment. Olivier et moi avons toujours dit qu’avec ce film, nous voulions prendre du recul afin de mieux voir ce qui nous attend.

S’il existe une forme de nostalgie dans le film, c’est celle de l’espoir de changer le monde, une sorte de « nostalgie du futur ».

Ce que nous essayons probablement de dire, c’est que nous restons cet enfant un peu perdu, debout au milieu de ce théâtre qu’est la vie, sans jamais savoir tout à fait ce que nous y faisons.

L’ironie, c’est que l’adolescence est peut-être le seul moment où nous pensons avoir compris l’absurdité de l’existence, alors que c’est précisément là que réside l’illusion.

Olivier Nakache :Nous rendons également hommage à la plus grande illusion de toutes : le cinéma. Pour nous, il continue d’être magique.

Entrer dans une salle de cinéma, se couper presque religieusement du monde extérieur, s’asseoir dans le noir entouré de gens que l’on ne connaît pas et vivre toutes ces aventures ensemble !

C’est un film d’époque : nous remontons dans le temps. Être dans le domaine de l’illusion, de la fiction, est une manière d’échapper à la réalité. Pendant le tournage, nous étions entourés de voitures des années 1980, de Michel Drucker et d’exemplaires de Télé 7 Jours sur tous les décors. Cela avait quelque chose de miraculeux.

S’il y a un de nos films qui doit être vu au cinéma, c’est bien celui-ci.

Tout en appartenant à la tradition du cinéma populaire, le film est aussi un film d’époque et un film sur notre époque, qui n’hésite pas à aborder des questions sociales. SOS Racisme, par exemple, est un symbole très fort des années 1980 et de votre film.

Éric Toledano :Même s’il se déroule il y a plus de quarante ans, le film parle profondément du présent.

Ce choix constitue une critique implicite du repli sur soi, de la mentalité du « chacun pour soi », voire du fait d’être « contre les autres ». Nous vivons dans une société qui ne cesse de souligner les différences.

Nous revenons donc une nouvelle fois à cette phrase de Billy Wilder, qui reste toujours aussi juste : « Quand les choses vont mal, faites une comédie ! »

Olivier Nakache :SOS Racisme a été l’une des forces marquantes de ces années-là, un véritable emblème, une vague d’espoir pour notre génération, presque l’incarnation des aspirations de cette époque.

Cela faisait également écho à nos vies personnelles, car les questions que Vincent se pose dans le film sont précisément celles que nous nous posions nous-mêmes. À commencer par : qui sommes-nous ?

Éric Toledano :Encore une fois, nous ne pensons pas que les choses étaient meilleures autrefois. Le chaos et les menaces existaient déjà : crise économique, guerres, terrorisme, menace nucléaire et sida. Chaque époque possède ses propres peurs.

Ce qui nous manque en revanche, c’est une certaine forme d’unité qui a façonné notre adolescence, notre manière de nous regarder les uns les autres.

Diriez-vous que votre cinéma est animé par le désir de rassembler les gens ?

Olivier Nakache :Juste une illusion s’inscrit totalement dans notre amour du cinéma. C’est toujours notre façon de voir les choses qui s’exprime à travers nos films : Nos jours heureux, Intouchables, Samba, Le Sens de la fête, etc.

Ce sont toujours des histoires de personnes qui, en théorie, n’ont aucune raison de s’entendre. Juste une illusion poursuit ce thème, cette continuité.

On découvre assez tard dans le film que la famille est juive, lorsque le rabbin apparaît à la porte. Leur identité juive n’est pas le thème central du film, mais elle fait néanmoins partie intégrante de sa signification.

Éric Toledano :Si nous avions été italiens ou pakistanais, nous aurions naturellement intégré des éléments ou des événements liés à ces cultures.

Dans une famille juive, la Bar-Mitsva à 13 ans constitue un rite de passage vers l’âge adulte. Il y a là des images qui nous semblent très cinématographiques.

Quand on voit un garçon de 13 ans en costume, on a l’impression qu’il joue à être adulte. Il n’est plus un enfant, mais il n’est pas encore un homme. Il est pris entre les deux.

C’est cet âge qui, comme nous le disions précédemment, nous émeut profondément. Nous avions déjà essayé de l’explorer dans un registre différent dans Thérapie, avec le personnage de Robin, interprété par Aliocha Delmotte.

Pouvez-vous nous parler du choix de Simon Boublil pour incarner Vincent ?

Éric Toledano :Entre les séances de casting et les vidéos d’audition, nous avons vu pas moins de 2 000 jeunes acteurs.

Ce que nous recherchions, c’était précisément cet entre-deux. Lorsque l’on filme Simon en pyjama, allongé dans son lit, demandant à son frère si leurs parents vont se séparer, il est encore un enfant. Mais lorsqu’on le filme sous un autre angle, avec sa veste à la mode, on commence à apercevoir l’homme qu’il deviendra.

C’est exactement ce moment que nous voulions saisir. Cet instant bref, presque fugitif, cette étincelle qui ne dure que très peu de temps. Encore une fois, quelque part entre le « plus tout à fait » et le « pas encore ».

Simon possédait ces deux dimensions en lui, ce qui est rare.

Olivier Nakache :Entre le tournage et la postsynchronisation, il avait déjà changé. Certains garçons qui apparaissent avec lui dans le film ont mué en seulement quelques mois et se sont soudain mis à parler comme Barry White !

Il fallait saisir cet instant précis. Simon est arrivé comme un petit miracle.

Ce qui nous fascine, c’est la métamorphose. À ce stade de l’adolescence, on ne joue pas complètement. Simon joue dans le film, bien sûr, mais il est aussi un peu lui-même.

Même face à Jeanne, qui interprète Anne-Karine, on sent qu’elle est légèrement plus mûre. Mais de temps en temps, lorsqu’elle sourit, on aperçoit encore l’enfant.

Comment avez-vous réuni cette distribution autour de Louis Garrel, Camille Cottin et Pierre Lottin ?

Olivier Nakache :Notre amitié avec Louis a commencé au Festival de Toronto en 2017. Nous étions venus présenter Le Sens de la fête, et lui était là avec Le Redoutable, le film de Michel Hazanavicius, qui est un ami. Nous avons immédiatement perçu son potentiel comique.

Éric Toledano :Nous avons dîné ensemble. Nous nous sommes bien entendus et avons beaucoup ri. Plus tard, il nous a envoyé ses scénarios, notamment celui de L’Innocent, afin que nous puissions en discuter.

Olivier Nakache :Notre méthode consiste à rencontrer les acteurs avant de commencer à écrire. Cela nous donne de l’énergie. Nous en avons besoin pour nous lancer. Nous lui avons raconté quelques histoires et tout est parti de là.

Éric Toledano :Avec Camille, nous l’avons invitée à une projection d’Une année difficile à Lille. Elle est venue de Bruxelles, où elle tournait, et nous avons passé la soirée ensemble. Le courant est immédiatement passé ; son énergie nous a vraiment inspirés.

Olivier Nakache :Nous n’avions même rien à lui faire lire. Nous lui avons simplement dit : « Écoute, nous écrivons le film en pensant à toi. » Nous avions vraiment envie de voir ces deux acteurs ensemble à l’écran.

Éric Toledano :Pierre Lottin était dans notre ligne de mire depuis un certain temps, comme pour beaucoup de gens. Puis nous l’avons vu dans Grâce à Dieu, La Nuit du 12 et En fanfare, même si nous lui avions déjà proposé le rôle à ce moment-là.

Ces interprétations n’ont fait que confirmer son immense talent ; il possède une authenticité rare et une présence très naturelle.

Olivier Nakache :Ce que nous aimons avant tout, c’est le mélange. Nous ne pouvions pas résister au plaisir de voir Pierre, Camille et Louis jouer ensemble.

Éric Toledano :Nous aimerions également citer Alexis Rosenstiehl, qui interprète Arnaud, le grand frère, avec un charisme extraordinaire. Nous pensons, et nous espérons, qu’un très bel avenir l’attend dans le cinéma français.

Olivier Nakache :Il possède ce petit quelque chose qui ne s’apprend tout simplement pas. Je me souviens encore d’avoir regardé sa vidéo d’audition dans notre bureau. En une fraction de seconde, sur un seul geste, nous avons su qu’il fallait le rencontrer au plus vite.

Qu’attendiez-vous de Louis Garrel sur le plan comique ?

Éric Toledano :Louis possède aussi une qualité remarquable : il adore se transformer, jouer avec son apparence, notamment à travers les costumes.

Il s’investit profondément dans la construction d’un personnage et n’a jamais peur du ridicule. Il s’engage totalement. Nous lui avons demandé de lâcher complètement prise.

Par moments, nous l’avons poussé dans des situations de comédie extrême, où son personnage est dépassé, presque assailli de toutes parts. Il a beaucoup de défauts : il est jaloux, légèrement paranoïaque et un peu autoritaire, mais cela ne l’empêche pas d’être très émouvant.

Il fallait pousser les choses suffisamment loin pour nous rapprocher de la comédie à l’italienne.

Très vite, nous avons compris que, pour lui comme pour nous, la comédie était une affaire sérieuse. Elle exige énormément d’humilité : on cherche, on expérimente et, de temps en temps, on réussit à faire rire les gens.

Avec Camille, l’alchimie a été immédiate.

Olivier Nakache :Camille est comme une horloge, un métronome. Elle a le scénario dans le corps. Son sens du rythme comique est impeccable.

Elle possède cette capacité rare de passer sans effort du drame à la comédie. Nous avons souvent raconté des histoires centrées sur des personnages masculins, mais film après film, nous avons essayé de nous rapprocher d’un regard plus féminin, et Camille nous y a aidés.

Éric, Louis, Camille et moi nous sommes énormément amusés ensemble, nous poussant mutuellement toujours plus loin et trouvant constamment de nouvelles idées. Nous parlions le même langage et cherchions la même chose. Ils nous ont suivis sur tous les points.

Éric Toledano :L’une de nos scènes préférées est celle où Camille danse seule dans le salon. Lorsqu’elle s’est vraiment abandonnée, il y avait énormément d’émotion sur le plateau. Nous l’avons tournée en une seule prise.

Olivier Nakache :Pour cette scène, nous nous sommes inspirés de Claude Lelouch, qui aime déstabiliser ses acteurs pour saisir quelque chose de vrai.

Camille ne savait pas à quel moment Louis allait entrer. Ainsi, lorsqu’il apparaît dans le salon, elle le découvre réellement à cet instant précis !

Claude Lelouch joue également un rôle important dans JUSTE UNE ILLUSION, notamment à travers Un homme et une femme, qui traverse le film comme un fil conducteur.

Olivier Nakache :Éric et moi nous sommes aussi en partie rencontrés grâce à certains de ses films. Ils sont presque fondateurs pour nous.

Il occupe une place unique dans le cinéma français et a réussi à préserver une liberté remarquable tout au long de sa carrière.

Nous avons vu et revu ses films un nombre incalculable de fois, de L’Aventure, c’est l’aventure à La Bonne Année, sans oublier bien sûr Un homme et une femme.

Éric Toledano :Lorsqu’il a lu le scénario, il nous a dit : « Je suis heureux que vous utilisiez Un homme et une femme, mais je veux tourner un petit bout de votre film. »

Il est donc venu filmer un plan de Vincent marchant derrière ses amis dans la rue après s’être fait réprimander par ses parents. Nous sommes très fiers de pouvoir dire que Claude Lelouch a joué dans notre film !

Olivier Nakache :Nous terminons également le film sur une musique de François de Roubaix, et ce n’est pas un hasard.

C’est un compositeur qui nous accompagne depuis aussi loin que remontent nos souvenirs, presque inconsciemment. Ce morceau porte en lui d’autres films, d’autres époques. C’est une musique qui a traversé le temps, sans cesse samplée, réinterprétée et rejouée.

Et elle reflète ce qu’est le film lui-même : un dialogue entre le présent et le passé.

Éric Toledano :D’une certaine manière, c’est aussi un clin d’œil à Claude et à cette idée que le cinéma contient d’autres cinémas.

Les films vivent les uns dans les autres, se répondent et continuent de résonner des décennies plus tard. François de Roubaix incarne précisément cela.

J’ai lu un jour un article dans lequel il disait que sa musique « contenait en elle nos souvenirs d’enfance ».

Sa musique nous permet d’effectuer un dernier saut dans le temps et nous rappelle que le cinéma est peut-être la plus belle des machines à remonter le temps.

Et pour terminer ainsi le film, avec Vincent qui s’avance vers la vie adulte, quel meilleur choix que le morceau « Dernier Domicile Connu » ?


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