Interview de Philippe Sands pour son nouveau roman The Ratline.


© Albin Michel

London Macadam a interviewé Philippe Sands, Human Right Barrister, pour son nouveau roman La Filière (The Ratline).


London Macadam : Philippe Sands, bonjour. Merci d’avoir accepté une interview avec London Macadam, le magazine des 300 000 Français de Londres. Comment est né votre nouveau roman, The Ratline ?

Philippe Sands : C’est un pur accident. L’on m’a dit : “Philippe, puisque ta famille vient de Lemberg, peut-être qu’ils ont rencontré le fils du gouverneur ». Je l'ai effectivement rencontré et, de fil en aiguille, on voit tout ce qui se passe à travers le livre ou lorsqu’on regarde le film ou les podcasts. Je l'ai rencontré par hasard, il m'a donné les archives de sa famille et cela a été la clé de mon roman parce que c'est une histoire fascinante. Le Ratline décrit ce que l'on appelle autrement la route migratoire de Reisz c'est-à-dire la voie d'évacuation de l'Italie vers l'Amérique du Sud des anciens Nazis. Elle a été suivie par les hauts dirigeants Nazis qui voulaient échapper la justice après-guerre et, elle a été opérationnelle à partir de 1948. Il semble que des personnes du Vatican et des forces alliées, y compris les États-Unis, les aient soutenus.

London Macadam : Quel est le lien entre le personnage de votre roman Nazi officer Otto von Wächter et vous ?

Philippe Sands : Otto von Wächter avec Hans Frank ont été responsables de l'extermination de toute la famille de mon grand-père. Environ 80 personnes qui vivaient dans et autour de Lemberg. Mon grand-père, tel que je le connaissais, était Français. Il a vécu à Maubeuge. Il y a une forte connexion française et une très forte connexion personnelle.

London Macadam : Racontez-nous la psychologie de Otto.

Philippe Sands : Il est très intelligent, ambitieux, impitoyable, froid. C’est un homme qui est au début de sa vie. Il a la vingtaine. C’est un nationaliste et un antisémite qui croit fermement à la culture Nazie.

London Macadam : Que lui est-il arrivé après la guerre ? Qu'est-il arrivé à sa famille ?

Philippe Sands : Otto était un homme recherché. Il avait été inculpé de meurtres de masse, de crimes contre l'humanité et de génocide. Il était traqué par les Britanniques, les Américains, les Polonais, les Juifs soviétiques. Ils le recherchaient à cause de cela. Il a été impliqué puis il a disparu de la surface de la terre. Ce que j'ai découvert à travers les archives familiales, c'est qu'il s'est caché dans les montagnes autrichiennes jusqu'à l'automne 1948 avec un collègue SS. Et puis il a voulu se frayer un chemin jusqu’en Argentine mais n’a jamais quitté Rome parce qu'il est décédé à l'hôpital dans des circonstances très mystérieuses…

London Macadam : La femme d'Otto semble n'avoir aucun remords, est-elle complice ? Parlez-nous de son personnage.

Philippe Sands : Pour moi, c’est un personnage fascinant. Elle est le battement de coeur du livre parce que nous ne savons pas grand-chose sur ces personnes. Nous ne savons pas grand-chose sur les épouses. Mais grâce aux archives, à toutes ses lettres, tous les fichiers du mariage, nous pouvons retracer son parcours personnel. Et de ce parcours personnel, il ressort qu'elle était très complice. Elle croyait absolument au projet national-socialiste. Elle était aussi une mère, une épouse et une fille. Et pour moi, ce qui est fascinant, c'est l'intersection entre son activité professionnelle et sa vie personnelle. La juxtaposition entre, d’une part, les horreurs perpétrées par son mari et son soutien et son sens de l'humanité, son amour de la culture et des arts et son instinct maternel d'autre part. Mais dans huit mille six cent soixante-dix-sept pages de ses archives, il n'y a pas un seul exemple de remords ou de regrets pour ce que son mari ou le régime a fait.

London Macadam : Le roman pose la question de la mémoire et de votre parcours comme avec votre premier roman, Philippe. Comment surmonter le poids de cette mémoire familiale?

Philippe Sands : Ces livres sont très personnels et traitent de questions d'identité personnelle, de qui je suis et de qui est ma famille, de ce qui leur est arrivé ainsi que de mon engagement avec d'autres personnes. Et ce parcours personnel se poursuivra. Dans le troisième livre, je parlerai de l'un des personnages de The Ratline, un homme qui se retrouve au Chili et qui fait partie du projet Pinochet, qui a atterri sur mon bureau à Londres en 1998. Je pense qu'il est très probable que le troisième livre commence à Paris le 20 octobre 1998, devant l'entrée du Cimetière de Pantin, c'est-à-dire au moment où j'ai rencontré ma femme et lui ai dit que les avocats d'Augusto Pinochet voulaient m'engager pour travailler à sa défense.

London Macadam : Merci beaucoup pour Ratline, une histoire sur la vie, l'amour, le mystère, la justice et le souvenir. Merci Philippe Sanders !

Philippe Sands

Merci!


The Ratline aux éditions Albin Michel : https://www.albin-michel.fr/ouvrages/la-filiere-9782226437204


Les podcasts :


Welcome to Intrigue : The Ratline


Episode 1 : The Ratline - Secrets in the Castle


Episode 2 : The Ratline - Meet The Wachters


Episode 3 : The Ratline - A lot going on in Lemberg


Episode 4 : The Ratline - Where's Otto?


Episode 5 : The Ratline - La Forza del Destino


Episode 6 : The Ratline - The men who murdered Nazis


Episode 7 : The Ratline - The Nazi Bishop


Episode 8 : The Ratline - Nest of Spies

Episode 9 : The Ratline - The Lucids


Episode 10 : The Ratline - Persilschein


Bonus : The Ratline: Stephen Fry meets Philippe Sands


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