Rencontre avec Camille Vidal-Naquet, réalisateur de « Sauvage ».

February 28, 2019

Sauvage nous invite à suivre la vie de Léo, un jeune prostitué. Il sort le 1 mars 2019 en Angleterre.

Ce film à été réalisé par Camille Vidal-Naquet, avec Félix Maritaux, dans le rôle principal de Léo. 

 

Nous les avons rencontrés sur le Macadam Londonien. 

Bonjour Camille, merci d’accepter une interview avec London Macadam, le magazine des Français de Londres.

 

London Macadam : Vous avez réalisé 3 courts métrages après vos études de littérature et « Sauvage » est votre premier long métrage. Vous écrivez sur des sujets très sérieux et souvent peu explorés, en mettant en scène des jeunes, livrés à eux-mêmes. D’où vous vient ce désir de mettre en avant des personnages isolés de la société, au caractère fort ?

Camille Vidal-Naquet : Déjà, j’aime bien dans l’écriture, suivre un personnage. J’aime les films de personnages, de sujets. Je m’intéresse un peu plus aux personnes en marge, qui sont un peu ailleurs, qui ont du mal, qui font des sorties de route de la société. C’est un peu ça que je sonde je crois. Des personnages livrés à eux même, qui sont souvent obligés de résoudre seuls des situations très complexes qui sont avec une part de mystère. J’essaie de comprendre comment ils fonctionnent.

 

London Macadam : Vous écrivez sur des sujets audacieux comme la prostitution ou l’homosexualité, sujets encore tabous jusqu’à il y a quelques années. Est-ce que le public est prêt en 2019, à se confronter aux réalités tabous?

Camille Vidal-Naquet : La prostitution masculine c’est quelque chose d’assez peu connu dans le sens ou personne n’en parle. Je pense que les gens sont prêts si on leur montre. Souvent, j’ai réalisé quand ce film est sorti, qu’on avait tendance a protéger les gens et à décider à leurs places de ce qu’ils pensent. Si les gens n’ont jamais accès à un film, ils ont du mal à se positionner. Et moi, je crois que la grande vertu du cinéma, c’est de véhiculer des émotions mais aussi de donner accès à certaines réalités comme celle-là. Cela étant, ce n’est pas un film social, ce n’est pas un film qui a des positions sociales politiques sur la prostitution masculine c’est plus un film qui amène à vivre avec quelqu’un qui se prostitue. Ça va plus loin que ça. C’est plus le prisme d’une conscience singulière qui est la connaissance de ce personnage-là.

 

 

London Macadam : Dans « Sauvage », le thème de l’amour est omniprésent. On voit des scènes de nudité, on suit le quotidien de Léo avec ses clients, ses relations amoureuse… Léo ne se préoccupe pas de sa santé ou de consentir, il se donne ouvertement et est à l’écoute des autres. Pourquoi a-t-il autant de mal à penser à lui et à accepter l’aide des gens autour de lui, serait-ce dû au fait qu’il soit seul ou mal entouré ?

Camille Vidal-Naquet : Déjà, on a besoin d’aide quand on a besoin d’aide. Lui apparemment, il ne croit pas en avoir plus besoin que ça. Mais la question ce n’est pas de savoir s’il aime ou s’il n’aime pas, c’est que c’est ça qu’il vit. Donc les vraies solutions c’est l’amour l’affection, qui est une thérapie. Et lui je ne pense pas qu’il se considère comme quelqu’un qui va mal. Donc ce n’est pas qu’il est bien ou mal entouré, c’est que c’est sa vie et qu’il fait de très mauvaises rencontres à un moment.

C’est quelqu’un qui n’est pas suffisamment aimé, mais ça ne lui pose pas de problème. Il n’est pas en souffrance, il n’a pas envie de se réinsérer, c’est quelqu’un qui assume totalement sa vie parce qu’elle est la sienne et que c’est cohérent pour lui.

 

London Macadam : J’ai lu que vous aviez déjà le personnage de Léo en tête…

Camille Vidal-Naquet : Oui j’avais depuis longtemps l’idée d’un personnage un peu en dehors des règles qui ne possédait rien, pas de téléphone etc. Il avait cette réalité un peu paradoxale de n’avoir rien à la fois très dure et à la fois un affranchissement absolu que moi je ne connais pas. C’est ça qui m’intéressait.

 

L’important du film c’était de montrer ce personnage comme d’une espèce d’absolu, de liberté, de non matérialisme, de vie à l’instant, de situationnisme, mais pas du tout de chercher les raisons sociales de cette existence sur terre. Et pourtant on a cherché.  C’est vrai, je crois qu’il y a un certain mystère sur le personnage et qu’on n’explique pas ses réactions, c’est un état de fait. Et le personnage est comme ça parce qu’il a une espèce de force de vie qui le rend complètement singulier, qui le rend au-dessus du reste alors qu’on pourrait le croire plus vulnérable que les autres parce qu’il ne sait pas se battre, il y a pleins de choses qu’il ne sait pas faire et au final sa force de vie, sa résilience, font qu’en fait il est plus fort que les autres, qui vont finalement quitter ce milieu parce qu’ils en peuvent plus mais lui il reste, il y revient même à la fin…

 

London Macadam : Vous avez dit avoir donné des instructions à Félix Maritaux, l’interprète de Léo, pour qu’il fasse ressortir le côté animal de son personnage. Racontez.

Camille Vidal-Naquet : C’est la manière dont on a vécu le personnage avec Félix, comme on l’a travaillé tous les deux. J’ai aussi adapté le film à ce qu’il était. Quand on rencontre un comédien, c’est intéressant soit de l’emmener dans une direction complètement opposée au comédien ou soit au contraire de voir ce qu’il a, et là, en l’occurrence, Félix avait ce côté très animal, très bénéfique pour le film et j’ai décidé de l’amener à explorer ça. Il y a tout un processus, on a beaucoup répété, filmé, on a fait pas mal d’atelier de chorégraphies qui nous ont aidé à développer ce côté animal, on est quand même dans la forêt, dans un monde ou il n’y a plus de règles, donc je crois que c’était très intéressant de développer ce côté instinctif, primal.

 

London Macadam : My London Macadam par Camille Vidal-Naquet ?

Camille Vidal-Naquet :  Londres, je suis venu il y a très longtemps, ça fait très longtemps que je ne suis pas venu ici. Et moi ce que j’aimais beaucoup mais malheureusement j’ai l’impression que ça a un peu changé, c’était Soho, j’y ai acheté beaucoup de vinyls. C’était il y a longtemps, mais disons dans les années 2000, j’en achetais beaucoup, ça coutait £1 each et maintenant j’ai vu que ça avait augmenté, qu’il y avait moins de choix. Et là, je n’ai pas encore eu le temps de revisiter ça, mais Soho c’était vraiment un quartier ce que j’aimais beaucoup.

 

London Macadam : Merci !

Merci !

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