Interview Guillaume Canet

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Interview Guillaume Canet

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A la suite d’un tragique événement, un groupe d’amis décide, malgré tout de partir en vacances à la mer . Leurs relations, convictions seront mis à rude épreuve. Guillaume Canet nous parle des petits mouchoirs. Retrouvez aussi les interviews de Marion Cotillard et François Cluzet, ainsi que le trailer du film. 5 paires de tickets à gagner pour la première anglaise du 15 avril.

Une sensation spéciale

C’est très étrange. Je ne m’étais jamais senti comme ça pour un film que je dirigeais. J’ai fait 2 court-métrages et 3 longs métrages, les petits mouchoirs compris. Ce qui n’est pas énorme mais assez pour dire que depuis le départ, ce film a été spécial pour moi.

Après “ne le dis à personne”, j’ai connu ce qu’on pourrait qualifier de période cruciale. Je suis passé par différentes étapes, en partie à cause de mon âge. A 35 ans, on ne regarde pas les choses de la même façon qu’à 20 ans. On a déjà connu quelques coups durs. J’ai décidé de rentrer dans un processus d’analyse. Un processus qui a été plus productif que je ne l’aurais jamais cru puisqu’il m’a permis d’écrire le script en moins de cinq mois. C’est ce qui fait que ce film est si spécial pour moi. Je n’aurais pas pu faire un film plus personnel que les petits mouchoirs.

Les origines du projet

Tout a commence alors que je finissais “Ne le dis à personne ». Je suis tombé malade. Filmer et réaliser le film m’avait demandé tant d’énergie que j’ai attrapé le premier virus qui passait par là. J’ai fait une septicémie et j’ai passé plusieurs mois à l’hôpital. En sortant, j’ai fait une bonne vieille dépression. J’ai alors compris que mon existence tout entière ne pouvait pas commencer et s’arrêter avec mon travail. Et que j’avais le droit de prendre du temps pour profiter de la vie. Cela m’a fait réaliser à quel point je m’étais déçu avec les années, au sujet de ce que je voulais vraiment, et combien d’énergie j’avais consacré à mon travail, pour éviter de penser à certaines choses.

De la recherché intime à l’écriture.

Je n’aurais pas pu faire un film aussi personnel, si je n’avais pas autant été l’objet de l’attention des média. Cela m’a aidé à réaliser un tas de choses et permis de me concentrer sur ce que je voulais vraiment. J’ai pu déterminer quels étaient les gens qui comptaient vraiment pour moi. Pendant l’été 2008, j’ai commence à écrire, tout en travaillant en parallèle sur un autre script.  Je partageais une maison avec une amie pour quelques jours et j’ai commencé à balancer des trucs qui me travaillaient depuis un moment, particulièrement le fait que je voulais faire un film de copains. Plus je parlais et plus elle écoutait, plus je réalisais qu’un film était en train de naitre. J’ai demandé à mon amie de me servir de sage-femme, pendant les cinq jours qui ont suivi. Elle écoutait, posait des questions, réagissait, et je prenais des notes. Je lui dois tellement, parce que grâce à ça, j’ai de suite eu la structure du film.  Ecrire ne m’avait jamais semblé aussi facile

Des personnages autobiographiques.

Il y a un peu de moi dans chaque personnage. Beaucoup de ce qui est dit dans ce film est inspiré de ma propre vie. Après, bien sûr, cela a été retravaillé de façon à ce que cela fasse partie d’une histoire. Mais même alors, écrire le script des petits mouchoirs était assez douloureux, parce qu’il m’a fallu aller chercher dans des expériences personnelles et revivre tant d’émotions. Je voulais un film intergénérationnel.  Même, les personnages des enfants sont bases sur ce que je ressentais à 5-10 ans, entouré d’adultes.  Il y a beaucoup de moi dans ces personnages. Je les ai écrits avec beaucoup d’honnêteté et de sincérité, ce qui fait, je pense, que les gens s’associe à eux facilement. Il faut toujours mettre un peu de soi dans une histoire. Ce qui est vrai et réel pour toi peut l’être pour quelqu’un d’autre. C’est authentique parce que c’est personnel

Des rires et des larmes

Le film joue sur la frontière entre le rire et les larmes. Tout le monde a connu une situation tragique où le rire nous envahit. C’est ce que je voulais capturer. La situation dans laquelle les personnages se trouvent les fait passer par un panel d’émotions et de sentiments. Je voulais montrer que les vacances sont souvent l’occasion de les laisser s’évaporer, et provoquent toutes sortent de réaction, certaines drôles, d’autres dramatiques. Je savais que j’étais sur la bonne voie après la première lecture collective, quand François Cluzet m’a dit, avec beaucoup d’émotion, « Tu sais, il y a un paquet de scènes où tu ne sais pas si tu dois rire ou pleurer ».

Mensonges

Le film traite de mensonges que les gens se racontent et racontent aux autres. Tout ce que l’on ne veut pas voir en nous, que l’on essaye d’enjoliver. Au début, les personnages passent beaucoup de temps à esquiver les vrais problèmes, comme beaucoup de personnes le font à un moment donné de leur vie. Est-ce vraiment le job dont je rêvais? Est-ce que j’aime vraiment la personne avec qui je vis? Je n’utilise pas le mot « vraiment » au hasard. C’est le mot clef. Et c’est question sont importantes à tout âge.

Amitié

C’est aussi un film qui parle d’amitié. Je me suis inspire de super films centrés sur des groupes d’amis comme “Le grand frisson”, qui est probablement la référence pour moi. Il y a aussi « Mes meilleurs copains »  de Poiré, « Un éléphant ça trompe énormément » d’Yves Robert et un paquet de film de Claude Sautet. Faire un film sur l’amitié avec mes vrais amis a rendu les choses bien plus simples Gilles (Lellouche), Marion (Cotillard) et le reste de l’équipe travaillent avec moi depuis mes premiers courts-métrages. Il y a aussi François (Cluzet) et Benoît (Magimel)... pareil pour Jean Dujardin—nous avons réalisé que nous avions été à la maternelle et en primaire ensemble. Nos familles vivaient dans les Yvelines. Je l’avais complétement oublié. Il me l’a rappelé lors de la première de “Mon idole”. “Tu de souviens de Mme Pichon? Et de Mme. Copeck? Sans rire, je m’en souvenais. On ne s’en remettait pas

Obsession

Tourner le film a été très intense mais aussi très compliqué. Parce que je voulais que les acteurs ressentent ce que j’avais ressenti en écrivant. C’était une obsession.  Je leur demandais de dire les lignes exactement comme je les avais imaginées et écrites. Je ne m’étais jamais jeté dans un film avec autant de passion. Même si “ne le dis à personne” est un film que j’aime, je pense que "Les petits mouchoirs” est un film bien plus accompli et personnel. Il me rend particulièrement fier, mais sans prétention. Je trouve les personnages touchants. Ils m’inspirent une certaine passion.

Réalisme

Quand j’ai proposé son rôle à chaque acteur, je leur ai dit qu’il y avait deux conditions: Avant de tourner en aout, je voulais qu’ils prennent 5 jours en mai, pour qu’on s’immerge au Cap Ferret. J’ai pu emmener tout le monde dans la maison où nous allions tourner. Je voulais qu’ils vivent là-bas, qu’ils ouvrent les placards, qu’ils sachent où se trouvait le café, les fourchettes, les couteaux et ainsi de suite. Que les balades en bateau aient l’air naturel, que le restaurant sur la plage leur soit familier. Quand nous sommes retournés au Cap Ferret en aout, ils avaient l’impression d’être déjà venus là en vacances. Je voulais aussi qu’ils se connaissent, pour que les couples aient l’air réel et qu’ils connaissent les enfants qui jouaient leurs enfants.

La seconde condition était qu’ils soient là tout au long du tournage. Je voulais qu’ils restent là, qu’ils fassent partir du groupe 24h sur 24, 7 jours sur 7, et soient disponibles pour de nouvelles prises si nécessaires. Je ne voulais pas qu’ils jouent l’histoire, je voulais qu’ils la vivent.

J’ai tourné le film avec 2 cameras, par groupes de scène, de façon à ce qu’ils puissent quitter la table pour aller chercher un verre à la cuisine sans qu’ils aient à se soucier de rester dans le cadre. Au montage, j’ai rassemblé les pièces. C’est comme ça que j’ai pu faire un film si vibrant, avec un tel rythme. C’était génial de voir que tout le monde se prenait au jeu et c’est pourquoi ce film me touche vraiment à chaque fois que je le vois. Toute l’émotion que j’ai pu ressentir en écrivant le film ressurgit.

Opportunités manquées.

On manqué tous énormément de choses pour les mêmes raisons: On laissé notre travail et notre mode de vie prendre le dessus, on néglige notre famille, nos amis et nos relations, tout en donnant aux gens l’impression d’être là. Tu sais qu’il est temps d’arrêter et de réfléchir, de redéfinir tes priorités et décider de ce que tu veux vraiment, mais tu ne prends pas nécessairement le temps qu’il faut pour ça. Et quand finalement tu le prends, il est parfois trop tard. Dans un groupe, il y a aussi le soucis de se dire qu’on va peut-être gâcher l’ambiance en faisant remonter certains problèmes à la surface, alors on ne dit rien. Mais on gâche l’ambiance quoi qu’il arrive ! On pense que les choses vont s’arranger d’elles-mêmes. « Les petits mouchoirs » c’est le tapis sous lequel on cache nos emmerdes, jusqu’à ce qu’elles commencent à réapparaitre.

Révélations

L’ostréiculteur, joue un rôle crucial, comme un catalyseur. Jean-Louis est la conscience du groupe, celui qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. C’est un homme d’intégrité, qui vit une vie simple. Il les observe attentivement, il les aime et à un grand cœur, mais il ne va pas leur faciliter les choses. Ils les conduit à faire face à leurs contradictions et leur lâcheté. Il est incarné par Joël Dupuch, qui est un vrai ostréiculteur du Cap Ferret. Et un ami. Il est magnifique dans ce rôle, une vraie révélation.

Maturité

Techniquement, et en terme de direction, je dirais que c’est mon film le plus abouti. Mais tout du long, je n’ai fait que constater qu’il me restait encore énormément à apprendre.

Courtesy of Lions Gate Publicity

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