Cédric Klapisch (Les poupées russes)
Cédric Bonjour. Merci d’accepter une interview pour London Macadam, le magazine lifestyle des 300 000 Francais de Londres.
L.M : Pourquoi une suite à L’auberge espagnole ? Vous dites L’auberge espagnole a été « un moment fort de ma vie »…
C.K : On m’a beaucoup demandé de faire une suite à l’auberge espagnole …Au début je n’y pensais pas du tout et puis petit a petit j’ai éprouvé le désir de travailler avec les mêmes acteurs.
Je ne le faisais pas pour moi, mais plus pour eux, je sentais qu’après l’auberge espagnole il fallait achever quelque chose avec cette équipe. Mes sentiments ont pris le dessus …
Quelque chose s’est définitivement produit entre moi et l’équipe de l’auberge espagnole. C’était pour moi un réel plaisir de les revoir et de retravailler avec eux.
L’auberge espagnole m’est apparue comme une ébauche, un brouillon et en écrivant les poupées Russes je suis allé jusqu’au bout de ce que je voulais faire.
L.M : Vous dites « l’adolescence est aujourd’hui décalée de dix ans », c'est-à-dire ? Pourquoi d’après vous ?
C.K : Oui effectivement, la société a évolué ces 10 dernières années ; De plus en plus de gens ont accès au plaisir. On rentre dans une société de loisir, donc ça fabrique des sortes d’enfants gâtés. L’idée du plaisir par rapport au travail à énormément changé. Cette phrase est plus vraie pour l auberge espagnole, que pour les poupées Russes, les personnages ont grandi, ont mûri.
Pour moi la sortie de l’adolescence coïncide avec l’autonomie financière.
L.M : Vous aimez les âges où les choses basculent. Par exemple, pour Romain, 30 ans, c’est un point dans sa vie… Quand a-t-on son destin entre ses mains ? A cet âge précisément ?
C.K : Entre 25 et 30 ans, quand on aborde un métier et que l’on rentre dans l’univers professionnel, la vie prend une autre tournure. On commence à allier sa vie avec l’argent et c’est exactement la position de Xavier (Romain Duris) dans les poupées Russes. C’est effectivement un âge ou tout bascule …
L.M : Est-ce que Romain et son entourage reflètent une génération française ? Si oui, qu’est ce qui a marque cette génération ?
C.K : Oui Romain reflète clairement une génération à part entière ! Il y a un décalage entre les gens comme moi des 70’s et les plus jeunes comme Romain. Pendant les 70’s ma génération a été sur-politisé c’était une période très idéologique, On a beaucoup positivé cette jeunesse-là…
La génération de Romain a gardé un côté très ado et pourtant très adultes dans le sens des responsabilités.
C’est une génération empreinte aux doutes ou beaucoup de choix sont à faire.
Les similitudes entre Romain et Xavier :
Xavier est un mélange entre moi et Romain.
Il n y en a pas tellement, Xavier a ce cote un peu passe partout, plus Monsieur tout le monde la ou Romain a lui un parcourt exemplaire de réussite en tant qu’acteur.
L.M : C’est également un film sur l’Amour avec un grand A : sur la difficulté de trouver la bonne personne « du premier coup ». Faut-il passer par toutes ces poupées russes pour y arriver ?
C.K : Bien sûr ! Il faut passer par beaucoup de poupées Russes pour trouver le prince charmant … On veut nous faire croire en l’amour unique mais on nous ment. Cela dit, l’amour avec un grand A existe, mais il faut passer par plusieurs étapes et beaucoup de princes charmants !
L.M : Romain dit « on lit des histoires d’amour, on voit des films d’amour et pourtant on n’est pas préparé »…
C.K : Oui, on tente de nous faire croire en l`amour unique là où il n est pas possible…
L.M : Vous dites, « on passe sa vie à jouer aux poupées russes », pouvez-vous nous en dire plus… ?
C.K : Rien à voir avec le Don Juanisme ! Xavier découvre, expérimente pour trouver l’âme sœur … Et d’ailleurs Audrey Tautou en fait autant.
L.M : Vous évoquez dans le film la mondialisation avec ses bons cotés : Romain part écrire à Londres, son ami se marie en Russie…
C.K : À force de dénoncer la mondialisation, on ne voit que l’aspect commercial et financier… Alors que pour moi, l’immigration et le métissage sont des termes positifs ! C’est pour ça que je fais la promotion de la mondialisation. On oublie trop souvent la mondialisation humaine et sociale qui nous est bénéfique sur tous les plans…
L.M : Vous filmez à Londres. Comment cela s’est-il passé ? Ou avez-vous tourné ? Combien de temps ?
C.K : Le tournage a duré 1 mois autour de Chesterton. Le tournage s’est déroulé de façon idéale nous avons travaillé avec des personnes sur place. Ils ont réussi à mêler les qualités de travail anglaises avec les notres. Quand on mélange les qualités de ces deux nations c’est le paradis, si on en fait de même avec les défauts c’est vite l’enfer !
L.M : Aimez-vous cette ville ?
C.K :J’ai un rapport fort avec Londres. Quand j’avais 14 ans c’était pour moi un pôle mondial, une imagerie, à travers Jane Birkin ou les rockers anglais, c’était extraordinaire…
J’ai toujours aimé cette ville de paradoxe … Ils ont réussi cette association des extrêmes : on passe du chic au trash, à des quartiers comme de la City et a des punks.
Il y a une réelle opposition et j’adore cette dualité contrastée.
L.M : Un quartier préféré ?
C.K : Je n’ai pas de quartier préféré, chaque quartier est unique ! Nothing Hill, Hamstead, Portobello… Chacun a son identité et c’est ça qui est génial !
L.M : Des réalisateurs, des artistes anglais qui vous inspirent ?
C.K : Martin Paar est un photographe exceptionnel et il m’inspire énormément quand je film.
Comme réalisateur j’aime beaucoup Ken Lodge ou Dany Boon pour Transpoting . J’ai tourné à Londres pour avoir la possibilité de travailler avec des Anglais comme Kelly Reilly, Kevin Bishop…La qualité du jeu anglais est mystérieuse.
Je ne devrais certainement pas dire ca, mais ce sont pour moi les meilleurs acteurs au niveau mondial.
Je me suis rendu compte de ca pendant le casting européen, les acteurs anglais ont une telle justesse de jeu …
LM : Une suite aux Poupées russes ?
C.K :J’attends 5 ou 10 ans et je verrai avec les acteurs mais pourquoi pas…
En tout cas, j’aimerais reprendre l’idée avec les mêmes acteurs un peu plus vieux pour pouvoir faire évoluer leur personnage.
C’est comme le vin, il se bonifie avec l âge, j attend que mes acteurs vieillissent aussi !
LM : Merci Cédric !
C.K : Merci à vous
Filmographie :
Acteur :
2004 : Les poupees Russes
2002 : Ni pour ni contre bien au contraire
2001 : L’auberge espagnole
1999 : Peut-être
1996 : Un air de famille
1994 : Le péril Jeune
Réalisateur
2004 : Les poupees Russes
2002 : Ni pour ni contre bien au contraire
2001 : L’auberge espagnole
1999 : Peut-être
1996 : Un air de famille
1995 : Chacun cherche son chat
1995 : Lumière et compagnie
1994 : Le péril Jeune
1994 : Poisson rouge
1994 : La chambre
1992 : Rien du tout
1988 : Ce qui me meut
Producteur
2000 : Princesses
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